Roma(i)n à l’eau de Rose – Variations sur Up There

Up There sous la plume de Rose

Romain Berrodier a attendu d’avoir 40 ans pour enregistrer son premier album. Surement par pudeur ou alors par manque de temps? Peut-être tout simplement par humilité. Il ne pensait pas que sa musique puisse avoir un quelconque intérêt pour les autres. Mais elle en a, bien plus qu’il n’aurait pu l’espérer.


Il croyait qu’elle n’avait pas d’autre vocation que de faire plaisir à sa mère, mais elle plaît à mon père, fan de Keith Jarrett. Il imaginait qu’il jouait dans une catégorie cloisonnée et inaccessible, nichée au fin fond de la Victoire du jazz, mais il fait de la grande musique.

S’imprégnant fortement de Legrand, balayant Cosma, avec la conviction qu’il lui manque quelques armes pour satisfaire sa culture Evansienne. Il n’en est rien.

Les armes, il les avait. Mais il ne s’en est pas satisfait. Comme les plus grands, il a travaillé autant qu’il le fallait pour que ça ne se voit pas.

Si on lui demande, il dira probablement que tout lui vient d’en haut, d’elle, de Linette, sa grand-mère. A qui il dédie le morceau « When you wish upon a Star », classique de Disney, comme l'étoile qui le guide depuis toujours.
Mais sa culture, c’est celle que son père lui a léguée, pianiste incontournable des troquets de Montmartre. L’instinct de la mélodie et le goût de l’accompagnement, il les tient de sa mère chanteuse envoûtante. Ce mélange inédit l’est aussi pour nos oreilles.
On pourrait parler aisément de jazz au vu de la formule choisie, le trio, j’opterai pour de la MUSIQUE au sens le plus large.

Le casting pourrait donc être anecdotique, et pourtant il ne l’est pas. Un contrebassiste solide, de goût, Antoine Reininger.
André Ceccarelli, n’ayons pas peur des mots, le meilleur batteur dans cette catégorie, a accepté de se prêter à ce jeu. Celui d’enregistrer 11 titres, en live, en 2 jours à peine, sans répétitions. Il ne s’est pas trompé. 
Tout cela sonne comme s’il était question de vie ou de mort. De vie surtout. De tout ce que Romain a gardé en lui pendant qu’il accompagnait des artistes de variété. De tout ce qu’il a abandonné d’ego. De tout ce qui fait que ce disque ressemble à ce qu’il est aujourd’hui. 

Un grand compositeur, et un interprète étonnant de sensibilité.

L’univers est lyrique, épuré et délicat, moderne par endroit, mais résolument classique dans la forme et dans le fond.
L’esthétique est simple: un jazz accessible, avec certes ses codes, mais aussi beaucoup de liberté.
Les tempos lents représentent la moitié de l’opus, mais le disque n’est toutefois pas exempt de certaines variations de thèmes et de rythmes qui font de lui une oeuvre complète dont on ne se lasse pas.

Les titres « Blame it on my youth » et « I fall in love too easily », sont repris avec brio, tant dans le choix des interprètes, que dans leur authenticité. Coup de coeur pour la sublime version du standard de jazz popularisé par Chet Baker, interprétée par Anne Sila, que l’on redécouvre avec grand plaisir.

Rose
Romain Berrodier & Rose